RADIO & TELE COMMUNAUTAIRE DE MWESO

LES CHEFS COUTUMIERS DU NORD-KIVU : ENTRE PERSÉCUTION ET ABANDON ✍️

La marginalisation des chefs coutumiers de l’Est de la République Démocratique du Congo remonte à la période coloniale, marquée notamment par les vagues d’immigration rwandaise sur le territoire congolais.

À cette époque, plusieurs autorités traditionnelles furent destituées ou remplacées par des chefs jugés favorables au pouvoir colonial.

Cette fragilisation du pouvoir coutumier s’est poursuivie après l’indépendance, notamment à travers la réduction progressive de leurs prérogatives.

Les réformes foncières consacrant le principe selon lequel « le sol et le sous-sol appartiennent à l’État » ont considérablement affaibli leur autorité dans la gestion des terres au niveau local.

En 1994, à la suite du génocide rwandais, l’Est de la RDC a connu un afflux massif de réfugiés. Dans un contexte où les chefs coutumiers auraient dû jouer un rôle central dans l’organisation de l’accueil, l’État zaïrois a laissé entrer ces populations sans désarmement préalable des éléments armés, aggravant ainsi l’instabilité des structures traditionnelles.

Les conflits armés successifs de l’AFDL au RCD, en passant par le CNDP et les rébellions du M23 ont exposé les chefs coutumiers à de multiples violences notamment des humiliations, enlèvements, disparitions, ainsi qu’à la perte de leurs biens à travers des pillages systématiques.

Une cible récurrente des dynamiques de guerre.

Pourquoi les chefs coutumiers sont-ils particulièrement ciblés ?

Parce qu’ils incarnent les premiers défenseurs des terres et des communautés locales.

Leur influence en fait des acteurs incontournables, mais aussi des cibles vulnérables dans des dynamiques politiques et sécuritaires qui les marginalisent depuis plusieurs décennies.

Aujourd’hui, ils se retrouvent pris en étau entre les groupes armés, notamment le M23, et les autorités étatiques.

Cette situation les contraint souvent à l’exil, à la soumission ou, dans les cas les plus graves, à la disparition.

Après la prise de plusieurs territoires tels que Rutshuru, Masisi et Nyiragongo, ainsi que de la ville de Goma, de nombreux chefs coutumiers ont été forcés de fuir.

Dans les zones sous contrôle du M23-RDF-AFC, une administration parallèle s’est installée, remplaçant les autorités traditionnelles loyales aux institutions nationales, souvent abandonnées à leur sort.

Certains chefs coutumiers ont été enlevés ou portés disparus, à l’instar du Mwami JANVIER BANGUMYA, chef de Groupement RUSAYO. D’autres,contraints à l’allégeance, ont subi diverses formes de pression politico-militaire.

Par ailleurs, certains chefs coutumiers ont été contraints de rencontrer l’ancien Président JOSEPH KABILA à Goma. La diffusion de ces images a suscité suspicion et stigmatisation, laissant entendre une supposée trahison de la République. Pourtant, dans un contexte dominé par la violence, refuser de répondre à l’invitation d’une autorité de facto expose à de graves représailles, voire à la mort.
Il est donc essentiel d’analyser ces situations avec discernement et objectivité.

Une persistance des difficultés même en zone gouvernementale.

Malheureusement, même après leur retour dans les zones sous contrôle des forces loyalistes, plusieurs chefs coutumiers continuent de subir humiliations, manque d’assistance, voire des arrestations.
C’est notamment le cas du Mwami LUKONGE BIRUNGA LIKWABO, arrêté à BENI par l’ANR pendant qu’il répondait en pleine audience à une invitation officielle dans le cadre d’un conflit de pouvoir coutumier au sein de son entité.

Appel à la protection et à la justice.

Au regard de ce qui précède, les chefs coutumiers du Nord-Kivu, restés loyaux aux institutions de la République, méritent une protection effective, une attention particulière et une assistance digne.
Les abandonner reviendrait à cautionner leur persécution.

La libération du Mwami LUKONGE BIRUNGA LIKWABO, après une vérification objective des faits,constituerait une mesure juste et apaisante.

Le Gouvernement est ainsi appelé à assurer la protection des autorités coutumières, victimes des conflits armés qui affectent la région depuis plusieurs décennies.

Fait pour une plaidoirie en faveur des chefs coutumiers du Nord-Kivu,
HERITIER KAHOMBO DAVID,
Chef coutumier.

Partager

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Radio Télévision Communautaire de Mweso