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Nord-Kivu : 16 ans de calvaire et injustice sociale, les chefs coutumiers haussent le ton

Cela fait désormais 16 ans que les chefs coutumiers de la province du Nord-Kivu, particulièrement les chefs de groupement, vivent dans une situation qualifiée d’« injustice sociale persistante ». Depuis l’entrée en vigueur de la Loi organique n°10/011 du 18 mai 2010 fixant les subdivisions territoriales à l’intérieur des provinces, ces autorités coutumières affirment demeurer privées d’une rémunération pourtant prévue par la législation congolaise.

Au cœur de cette revendication figure le deuxième alinéa de l’article 36 de cette loi organique, qui reconnaît le droit à une rémunération pour les animateurs des entités territoriales décentralisées et certaines autorités locales. Pour plusieurs acteurs coutumiers du Nord-Kivu, cette disposition reste jusqu’à ce jour sans application effective en ce qui concerne les chefs de groupement et d’autres responsables coutumiers.

Dans les milieux ruraux et les entités coutumières, les chefs de villages, de groupements et de chefferies occupent une place stratégique dans l’organisation communautaire. Ils représentent l’autorité de l’État à la base et jouent un rôle déterminant dans la médiation sociale, le règlement des conflits locaux, la cohésion communautaire ainsi que la gestion des affaires coutumières.

Dans une province confrontée depuis plusieurs années à l’insécurité et aux violences armées, ces responsables traditionnels continuent souvent d’exercer leurs fonctions dans des conditions particulièrement difficiles. Certains vivent aujourd’hui dans des zones affectées par les conflits, tandis que d’autres ont été contraints au déplacement ou à l’exil, parfois sans aucune assistance sociale ou institutionnelle, déplore le Mwami Héritier KAHOMBO du groupement Bukombo dans le territoire de Rutshuru.

Au Nord-Kivu, où les affrontements armés ont profondément fragilisé le tissu social, la situation des chefs coutumiers suscite de plus en plus d’inquiétudes. Plusieurs observateurs estiment que l’absence prolongée de rémunération fragilise davantage ces autorités locales pourtant essentielles dans les mécanismes de stabilité communautaire et de gouvernance de proximité.

Pour les défenseurs de cette cause, la reconnaissance financière des chefs coutumiers ne constitue pas seulement une obligation administrative ou légale, mais également une question de justice sociale et de dignité humaine.

Face à cette situation, des voix s’élèvent pour interpeller les autorités du pouvoir central afin qu’une solution durable soit trouvée dans les meilleurs délais. Les chefs coutumiers du Nord-Kivu demandent à être rétablis dans leurs droits tels que reconnus par la législation en vigueur en République démocratique du Congo. Selon eux, une telle mesure représenterait non seulement la réparation d’une injustice subie depuis plus d’une décennie, mais aussi un geste de reconnaissance envers ces autorités traditionnelles qui, malgré les défis sécuritaires et humanitaires, continuent d’assurer leur mission au service des communautés locales.

Pour plusieurs notables et acteurs coutumiers, il devient urgent que cette question soit inscrite parmi les priorités des autorités nationales afin de restaurer la dignité et les conditions de travail des chefs coutumiers du Nord-Kivu.

La rédaction

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